In bed with the Beach Boys
Les Beach Boys sont morts. La sentence est tombée cette nuit, en plein sommeil paradoxal. Réveil en sueur, panique... puis regard pas frais sur l’album Sunflower (1970), vinyle gondolé dont la pochette cartonnée orne ma table de chevet, tel un trophée chopé dans une convention de disques au fin fond du Larzac ou une coupe en plastique poussiéreuse gagnée à un tournoi de pétanque de quartier. Maintenus artificiellement en vie durant de nombreuses années par de nombreux(ses) bard(b)es pop (Herman Düne, Sébastien Tellier, David Bowie, Sean Lennon...), le gang des frères Wilson a désormais cinq pieds sous terre, et les cinq qui restent ne sont pas beaux à voir. Les Beach Boys sont morts, et ma nuit va être courte.Mon regard s’attarde sur la pochette jaunie : Dennis, le beau surfeur auteur du superbe LP solo Pacific Ocean Blue encore trop méconnu et toujours indisponible en cd, s'est noyé en 1983. Quinze ans plus tard, c’est Carl qui clamse. Il était un élément indispensable des garçons de la plage comme en témoigne ce chef-d'oeuvre. Quant à Brian le « génial leader », n’en déplaise à certains, il faut le considérer comme perdu pour la pop-cause depuis la fantastique face B de l'album Beach Boys Love You, sorti en… 1977. Mike Love et Al Jardine, les deux derniers membres, tournent encore aujourd’hui sans la moindre honte sous l'étiquette Beach Boys, mais comme l'on dit, ça ne vaut pas tripette. Les Beach Boys sont là, partout, les choeurs du "Divine" de Sébastien Tellier, c’est eux. Les arrangements de "Back to black" d'Amy Winehouse, c'est encore eux. Pourtant, ils sont cramés, cuits, lessivés et il ne reste d'eux que cette pochette, du gros carton qui sent le renfermé. Je saisis la galette noire de jais, la pose sur la platine, arme le bras. Le disque commence à tourner sur la platine.
Ce disque, Sunflower, est la vraie merveille des planchistes, mieux que leur légendaire Pet Sounds sorti trois ans auparavant. Inutile d'en parler, de discuter, de débattre, le jugement est définitif de mauvaise foi, ce disque est démoniaque : une nouvelle fois produit par les Boys eux-mêmes, il contient notamment des balades belles à pleurer ("Forever", "Deirdre", "Tears in the morning") et des chansons gigognes ("This whole world", "At my window") gorgées d’ arrangements estampillés BB (cloches, chœurs en canon élégiaques,..). Chaque morceau recèle plus de mystère que la discographie complète de « qui tu veux, ami lecteur » et j’exagère à peine. L’intro implacable de "It’s about time" rappelle les meilleures productions de Phil Spector. "At my window" et ses gazouillis d’oiseaux subjugue par sa naïveté assumée et la beauté qui s’en dégage. L’orage "Cool, cool, water" m’achève. Le casque vissé sur les oreilles, je me rendors avec les craquements du vinyle qui se répètent à l’infini. The Beach Boys are dead, long live the Beach Boys...
BEACH BOYS deirdre (MP3)
extrait de l'album Sunflower (1970)
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