Le Samedi 8 décembre 2007, WELOVEART propose l’événement de la fin d’année, une soirée absolument « summer time » en plein mois de décembre… dans un lieu incroyable : plage et cocotiers dans Paris! Quelques semaines après l'electro fêtard de Modeselektor au Dock Eiffel, le collectif We love art remet le couvert pour une baignade un peu spéciale à l'Aquaboulevard. Deux dancefloors sous une bulle géante accueilleront de 22h à 6h les aficionados en maillots de bain s'il vous plaît! On pourra se baigner en musique dans l’immense piscine à vagues, chiller dans les jacuzzis bouillonnants, glisser sur les toboggans et dîner sous les palmiers. On oublierait presque l'essentiel, une programmation pointue mélangeant electro, house minimale et hip-hop. Du disc-jockey Clark & Juice! crew (Paris), Unabombers DJ (Wall of sound), ALEX & Laetitia (Katapult), Jean Nipon (Institubes), François K (Body&Soulet). Et du live avec Bus Driver (Epitaph) et Chelonis R Jones (Get Physical). Le plus chouette, c'est que Pantha du Prince posera ses platines en fin de soirée, le berlinois qui a la classe dont on vous parlait en juillet dernier. Parce que Chezmanucbien est une bande de mecs sympas, on vous offre des places. Il y a une question vachement dure sur la page concours. Bonne baignade.
Angers avait un air de fête ce weekend. Avant d’essayer les gaufres et les loopings de la fête foraine nous étions au Chabada pour le concert de Liars, une performance d’une intensité rare. On s’en doutait voir Liars à Angers c’est un petit miracle, un cadeau tombé du ciel. Même s’il n’y a pas grand monde devant la petite scène du Chabada, bon nombre d’initiés attendent avec impatience la bande des menteurs, histoire de voir si les rumeurs disent vraies. Liars fait partie de ces groupes qu’on aime à l’instar d’Animal Collective ou Battles, toujours prêt à prendre un nouveau tournant. De fait leur discographie joue parfois au grand écart entre Drum’s not dead (Mute, 2006) et leur dernier Liars (Mute, 2007), passant d’un concept album peu engageant à des titres plus pop (toute proportion gardée j’entends bien). Première surprise : les Liars se sont offerts les services d’un guitariste supplémentaire pour la tournée, mais c’est toujours Angus Andrew qui mène la danse, lui, le grand en costume complet blanc qui arrive maintenant sur scène. Imperturbable, il donne vie à chacun des titres avec une présence saisissante quand derrière lui les caisses claires résonnent de pair : ils sont deux à marteler "A visit from drum". L’atmosphère est tendue, la musique de Liars pèse avec une certaine noirceur sur le public. On est toujours au bord de la rupture, attendant ce moment où tout bascule, que les guitares hurlent, que les cymbales s’affolent. Les meilleurs plages de Drum’s not dead jouent savamment avec cette frustration, une tension contenue de bout en bout qui colle à la chemise. Il faut attendre les titres plus récents de Liars pour évacuer la pression. Quand arrive finalement "Plaster casts of everything" dans un énorme fracas, agitant un public dévoué à la cause, Liars prouvent qu’ils n’ont rien perdu de la violence de leurs débuts - j’en profite ici pour mette le doigt sur la ressemblance frappante entre ce clip et celui-là de I Love UFO.
La présence magnétique d’Andrew nous enlève à la pesanteur terrestre pour un dernier titre anormalement traditionnel "The other side of mt. heart attack". On ressort du Chabada léger et on en veut encore, ce sera du côté de la fête foraine cette fois.
Jeffrey Lewis est un mauvais garçon. Pape du mouvement anti-folk et dessinateur de bédé à ses heures perdues, chacun des ses disques comportent ses propres dessins et 12 Crass songs n’échappe pas à la règle. Reconnus par ses pairs comme l’instigateur du mouvement anti-folk, il est au folk américain traditionnel ce que les Stooges étaient à la musique hippie des années 60. Né dans le New York des années 80, l'anti-folk puise dans le punk le naturel, l'abrasif et son engagement politique, avec des sonorités volontairement lo-fi. La vision dépressive de Lewis combine souvent un message d’espoir, une ironie subtile, et une certaine autodérision. Il tire ses influences de son adolescence dans le Lower East side de Manhattan des morceaux qui sont les différents reflets de son environnement, et des ses idoles comme Daniel Johnston, Yo La Tengo, The Fugs, Donovan ou le Velvet Underground. Un documentaire produit par Kidam est d’ailleurs en préparation, je ne résiste pas à l’envie de vous montrer le teaser, là un peu plus bas. Dans la bande dessinée qui accompagne son quatrième album, il raconte la genèse de ces 12 Crass songs (Rough Trade, 2007), douze reprises d’un groupe fort méconnu : Crass. L’histoire commence en 1993 grâce à un étudiant skinhead qui lui fait découvrir Crass, à lui le petit hippie fan de bédé. Il lui faudra la dizaine d’années suivante pour refaire la discographie du groupe puis enregistrer ses propres versions. Jeffrey Lewis parvient à un hommage très personnel à ces pionniers de l’anarcho-punk pacifiste, où il avoue que chacune de ces chansons a été légèrement altéré par quelques notes ou quelques mots (remplaçant l’Irlande du Nord par l’Irak notamment) pour coller d’avantage à l’actualité. Finalement "Punk is dead", "I ain’t thick, it’s just a trick", "Do they owe us a living?" n’ont plus grand-chose à voir avec les originales, ce sont douze titres génialement revisités qu’on écoute d’une seule traite. Et qui seront bientôt joué sur la scène de la Maroquinerie, le 20 décembre. On se retrouve là-bas ?
Le projet Gorillaz touche à sa fin. Sept ans après la sortie de leur premier album éponyme, la bande de Damon Alabarn compile ses faces B, ou plutôt ses faces D, en guise de cadeau d’adieu - leurs créateurs ont annoncé qu'il n'y aurait pas d'autre album studio. Sorti de l’imagination de Damon Albarn et son colocataire Jamie Hewlett, le projet Gorillaz est bien trop énorme pour être vrai, et pourtant. En créant de toute pièce un vrai groupe virtuel, Albarn rassemble en 2001 quelques-unes des grandes personnalité du monde musicales, toutes origines et tout genres confondus : Tina Weymouth (Talking Heads), Miho Hatori (Cibo Mato), Del Tha Funky Homosapiens (Delton 3030), Dan the Automator, et s’offre même les services de Compay Secondo. Il faudra attendre des les voir sur la scène de la Cigale à la même année pour en avoir le cœur net, Gorillaz est bien le meilleur groupe virtuel du monde. Certains se posent la question des véritables motivations qui animent le projet, le département marketing d’EMI ou la récréation artistique d’Albarn, mais peu importe le résultat reste le même.
Une suite verra finalement le jour, ce sera le mégalomane Demon Days si on en juge par le nombre d’invités présents sur le disque. L’écriture d’Albarn se densifie et les arrangements s’affinent ; le résultat est d’une prouesse remarquable. Les D-Sides issues de ces sessions d’enregistrements compilent une vingtaine d’inédits et raretés, restées longtemps dans les cartons ou epapillées sur de multiples singles : "Hong Kong", "Highway", "68 State", "People" et quelques remixes de DFA, Soulwax, Hot Chip. Un beau cadeau d'adieu, qui tourne déjà en boucle sur les platines de la rédaction. Jamie Hewlett lui a déjà trouvé de nouveaux joujoux.
Hier soir avait lieu une Nuit Zebrée Nova à Angers, l’occasion de 1. Voir ce qui passe à l’antenne de Nova en ce moment, 2. Faire un tour au Chabada avec les copains, 3. Découvrir le projet solo Tender Forever et prendre une claque, et 4. D’improviser une petite interview avec Mélanie. Le rappeur James Delleck s’enflamme sur scène et termine bientôt son set quand je retrouve Mélanie Valera, seul maître à bord du vaisseau Tender Forever. Une heure plus tôt elle réalisait une performance pleine d’inventivité et de sincérité ; une electronica tarabiscotée d’un fatras d’instruments. Elle semble épuisée par une tournée interminable avec Electrelane et poutant se donne entièrement sur scène – à deux reprises elle se lance dans le public ! « Rien n’est calculé, chaque date est différente. Aujourd’hui c’était moi toute seule, la dernière fois c’était avec des projections vidéo, dans quelques jours il y aura quelqu’un d’autre avec moi. » C’est une expérience encore nouvelle, la musique elle s’y est mise sur le tas. Remarquée par monsieur Calvin Johnson lors d’un concert avec The Blow à Los Angeles, elle signe illico sur le K Records, le label du premier Beck, des Chicks on Speed et Modest Mouse.
Sur scène elle reprend au yukulélé (décidemment à la mode) "My love" de Timberlake et "Do you believe in love" de Cher. « Ce sont les textes et ce qu’ils représentent qui comptent ». Quand on lui demande si elle connaît the Postal Service, elle répond par la négative et pourtant les sonorités présentes dans ses deux albums semblent y faire référence, on pense à Domotic aussi. Enfin peu importe, son nouvel album Wider à paraître ces jours-ci contient des titres magnifiques, DIY et ensorcelants comme ce "Take it off" paru en 2005.
Chouette projet organisé par des étudiants de l'ICAR, le premier mini-festival O Rebond d’Artzik a pour ambition de confronter deux supports, d'atténuer les frontières existantes entre une expo et des concerts. Au programme: Sacha, Kedsen, Jool et surtout Mina Tindle qui nous embarque dans un registre folk, parfois proche de Cocorosie. Pendant que les groupes jouent sur scène, une autre performance à lieu au même moment. Laure Lepage expose en direct ses oeuvres initmistes prisent sur le vif quelques instants plus tôt, accompagné de Marc Antoine Léval qui se penche lui sur le travail des musiciens en photographie. Un projet ouvert et complètement gratuit, qui s'installera le temps d'une soirée (lundi 26 novembre) sur la péniche parisienne du Balle au Bond, métro Maubert-Mutualité. Toutes les infos sont sur le myspace de l'évènement.
Initiateurs de ce que l’on appelle post-rock, le groupe allemand Faust fait l’objet d’un véritable culte. A l’heure où la tendance est au renouveau punk et electronica, il était de bon ton de retourner aux sources de ce qui est considéré aujourd’hui comme un pendant indispensable de la musique contemporaine. Dans un documentaire à paraître, Julien Perrin explore les différentes facettes de Faust. Attention c’est barré ! Créé par la maison de disque Polydor Allemagne en vue de concurrencer les expériences sonores krautrock de Can ou Kraftwerk, Faust s’est immédiatement différencieé de ses camarades teutons par une attitude excentriques et des compositions expérimentales. C’est en quelque sorte un savant mélange du Velvet Underground, de Steve Reich et des Beach Boys, que l’excellent album Faust IV restitue parfaitement. Le groupe se marre : « Ils croyaient chez Polydor qu’ils allaient se chopper les Beatles allemands. Ils se sont trompés ! » Petit à petit, à force d’élucubrations sonores, le groupe s’est forgé une identité musicale incomparable, mêlant avant-garde et technologique et musicale à une attitude véritablement marginale au sein d’une industrie bien souvent trop lisse. Le résultat scénique dépasse parfois l’entendement : on y voit le trio actuel utiliser un foutoir de matériaux industriels : tronçonneuse, chaînes ou bétonneuse. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur la santé mentale de ses membres, c’est que Faust a toujours fait ce que bon lui semble, en allant jusqu’au bout de ses idées. Julien Perrin, lui, est passionné de rock choucroute, et auteur d’un blog sur le sujet. Dans Ist Faust Schön? comme dans leur musique, rien n’est figé, tout est toujours en mouvement, prêt à bouger, se modifier. Alors, Faust c’est bien ou pas ? Quelques teasers sont maintenant disponibles, ça permettra déjà de s’en faire une idée.
J'ai vu Berlin. Le quartier berlinois de Prenzlauer Berg regorge de lieux alternatifs et festifs, des endroits chargés d'histoire, Beirut est passé par là et Vampire Weekend y donnait un fameux concert samedi dernier. Je suis un sacré veinard.Prenzlauer Berg c'est là qu'a débarqué Zach Condon de Beirut à 17 ans et il en même fait une chanson. «C’est mon cousin qui m’avait envoyé ici, lui, il vivait à Amsterdam. Et il m’a dit :“Casse-toi et va à Berlin ! Il faut que tu voies Berlin ! “ Au début, on est dérouté par l’étendue de la ville, qui a été déchirée par l’histoire. J’ai passé des jours à errer dans la ville, j’étais vraiment perdu, jusqu’à ce que je rencontre des gens qui m’ont montré les bons coins. Sans cela, on se sent toujours perdu dans cette ville.» C'est vrai qu'il y a de quoi faire, alors on suit les berlinois qui connaissent. Il y a les puces du Flohmark, la Kultur Braurei, le bar à ping-pong Dr Pong, le brunch sur Kollwitzplatz et aussi le Bastard Club qui accueillait justement Vampire Weekend. Il est minuit et demi quand la jeune bande de New York monte sur la scène étroite du Bastard devant un mur de télés à moitié allumées. Ezra Koening emmène le groupe d'un coup de guitare alla soweto sur "Mansard roof", il joue avec un sourire d'écolier et aime à s'appuyer sur ses orteils quand il y a les cordes aigues de sa guitare. On retrouve en une seconde le plaisir qu'on avait à découvrir leur premier et unique EP et confirme tous les espoirs qu'on porte en eux. La carcasse de Chris Baio, le batteur, s'agite. Il frappe tout au long de la douzaine de titres que comporte le set face à un public berlinois conquis. On retrouve les hymnes qu'on leur connaît ("A-punk", "Cape cod kwassa kwassa", "Oxford coma") et quelques autres, comme un morceau fraîchement écrit sur la route d'Hambourg. Le concert passe à une vitesse folle, il faut dire que Vampire Weekend n'a qu'un petit album à jouer, et à paraître en 2008. Comme c'est souvent le cas à Berlin, les endroits ferment malheureusement aussi vite qu'ils apparaissent. Le lendemain le Bastard changeait de propriétaire (pas à cause de Vampire Weekend en tout cas) et en profitait pour faire une boum... évidemment formidable.
Le festival BBmix, organisé par la ville de Boulogne, propose chaque année une sélection pointue de grands groupes de rock. Pour ce soir, Deerhoof est notre tête d’affiche à l’auditorium du CNR qui à première vue n’a pourtant rien de rock’n’roll. Elizabeth Sharp, aka Ill Ease est la première à venir occuper la grande scène. Multi instrumentiste, elle joue de la guitare, se sample, prend la basse, se sample, puis la batterie et chante avec un enthousiasme contagieux. Ses chansons punks grunge n’ont rien d’exceptionnels mais l’énergie est là, les riffs entêtants, la salle secoue la tête d’avant en arrière. Si la simplicité de la formule fait la force d’Ill Ease elle fait aussi sa faiblesse : c’est une musique avec peu de nuances et sans surprise, mais comment éviter la redondance quand on est seule sur scène ? L’admiration l’emporte enfin, porté par un concert surréaliste.
On ne peut pas en dire autant des So So Modern, quatre surexcités en combinaisons blanches, bourrés d’imagination. Le manque de mélodies et de chansons bien composées font qu’aussitôt le concert achevé, aussitôt le concert oublié. Il faut dire que la barre est haute : le rock intemporel des Dirty Projectors (en photo) emmené par Dave Longsreth, opèrent une synthèse improbable entre le rythm’n’blues, la country, l’Afro beat et la pop. Les riffs rapides de deux guitares à la limite de la rupture s’entremêlent pour créer une ambiance féerique et entraînante. Les voix sont belles et puissantes, les morceaux très bien composés. Le concert des Dirty Projectors est passé à cent à l’heure.
Dernier groupe et tête d’affiche, Deerhoof réalise une performance scénique exceptionnelle. Jamais la pop ultra sophistiqué du groupe américain ne m’a autant bouleversé par sa beauté, sa puissance onirique et sa complexité naïve, radicale. Contre-temps, silences, la musique de Deerhoof est faite de déconstruction permanente. Sur scène le trio étonne par son efficacité. Le guitariste répond avec précision à la voix de Satomi Matsuzaki qui entonne de petites comptines en japonais « Panda panda panda panda pan panda ». La note jouée, la parole dite, tout s’articule avec un souci du rythme impressionnant. Le son de la guitare est si bien choisi que la voix se retrouve comme transporté par la mélodie qui lui confère une légèreté ahurissante. Le contraste et les nuances se font avec une batterie omniprésente dont la variété du jeu prévient de manière imparable l’ennui d’un auditeur trop souvent habitué à supporter les coups de tambours de grosses brutes épaisses, plutôt que la sensibilité tout azimut d’un percussionniste habité. Deerhoof nous emmène dans un monde psychédélique et merveilleux, naïf et complexe. Une fois encore la programmation exigeante du BBMix a tenu ses promesses et même un peu plus : le lendemain ce sont les Young Marble Giant qui clotûre le festival. Un grand merci. (crédit photo: entro_py)
Le Festival des Inrocks a 20 ans et toutes ses dents. Pour cette édition aniversaire la programmation affiche une fois encore une belle brochette d'artistes: le festival n'a rien perdu de son mordant. En vrac: Devendra Banhart, Gossip, Bloc Party, Beirut, Lightspeed Champion, The teenagers, Elvis Perkins, Jack Peñate, Klaxons, Voxtrot, New Young Pony Club, Andrew Bird, Yelle, I'm from Barcelona etcaetera etcaetera. D'ores et déjà on sait qu'il faudra choisir, faute de lieu, entre la folie des Cold War Kids et les mécaniques de Justice, l'électricité cinglante de Blood Red Shoes et l'électronique des MSTRKRAFT. Et pour fêter dignement, dans une grande furie bacchanale ces vingt ans, qui pouvait mieux que les Happy Mondays venir souffler les bougies ? Un groupe qui, vingt ans avant les Klaxons, mariait déjà en toute illégalité la pop et l’electro, un groupe qui nous a appri à toujours prendre fromage et dessert. Un anniversaire s'accompagne toujours de cadeaux. Chezmanu[c]bien et les Inrocks vous offrent quelques compilations du festival avec dedans les Lightspeed Champion, D.Banhart, Foals, Lonely Dear, Koko Von Napoo... Envoyer simplement un ptit mail avec vos nom-prénom-adresse à manu (arobase) chezmanucbien.net