Pur produit du hasard, c’est en écoutant un morceau mis sur un profil myspace que les mélodies aériennes de Brightblack m’ont poussé à en savoir plus. Le groupe, à l’esthétique très soignée, dont le site Web épuré ne laisse entrevoir qu’un goût immodéré pour l’op. Art, à l’accroche visuelle, qui nous délivre à travers ce deuxième album Morning Lightune traînée de sable fin, qui glisse entre les mains. Le groupe composé de Nathan Shineywater (Nabob) et Rachael Hughes (Raybob) serai a la croisée de ce que Air a produit de plus aérien, une sauce beaucoup plus instrumental à la croisée de Lambchop et Pink Floyd. Le son rond et voluptueux nous apaise, ce disque est un vol au dessus des nuages permanent, c’est un ovni dans cette production musicale tournée plus que jamais vers les réminiscences des années 70-80. Ici il n’est question que d’instruments acoustiques, et de voix enchanteresses. Les fers de lance de cet univers pourraient s’appeler Moog ou Fender. Bienvenu dans le Summer of Love, dont le programme chargé d’ARTE pour cet été ne fait qu’envenimer ma passion pour ce disque qui sera ma crème de cet été. Bon Trip. Brightblack – Morning Light (Matador)
Philip Glass a 45 ans quand sort Glassworks (1982), une véritable tempête qui définit les bases de la musique répétitive, une musique contemporaine minimaliste qui ouvrira les portes de l’électronique. C’est grâce à une commande pour un film qu’il rencontre Ravi Shankar et découvre la musique indienne. Une révélation. "Dans la musique occidentale nous divisons le temps, c'est comme si on prenait une certaine durée et la sectionnait comme on coupe des tranches de pain. Dans la musique indienne on prend des petites unités -ou "beats"- et on les assemble pour créer des valeurs de temps plus grandes". De retour à New York, subvenant à ses besoins en exerçant des petits boulots (notamment comme déménageur dans une compagnie co-fondée avec Steve Reich) il commence à développer une technique de composition basée sur la progression additive d'une figure répétitive donnée (1,2,3 ; 1,2,3,4 ; 1,2,3,4, etc).
Invité sur le plateau télé du Saturday Night Live en 1986, le Philip Glass Ensemble interprète "Rubic" issu du fameux Glassworks, où viennent s’ajouter des séquences vidéo époustouflante. La télé c'était quand même mieux avant!
Einstein nous a laisse la bombe atomique, parodie de l’écologie, lui qui était fasciné et aimait tant la bicyclette, étendard bobo-écolod’aujourd’hui, ou comment incarner une contradiction dans l’espaceurbain contemporain. Et c’est pour célébrer ce mode de transport qu’a lieu pour la 1ere fois à Paris, le Bicycle Film Festival, qui rend hommage au vélo à travers le cinéma, l’art et la musique. Originaire de New York, ce festival, qui se déroulera du 26 au 29 juillet, deviendra peut être le nouveau rendez vous incontournable des grandes cités urbaines. Ce festival qui se déroule dans plus de 16 villes à travers le monde, vous permettra de vous immerger dans des courts-métrages, documentaires, performances audiovisuelles, installations, et expositions. Une exposition inspirée par l'émergence du vélo en milieu urbain sera présentée par Brendt Barbur en association avec Colette (Vernissage jeudi 26 juillet à 18h).
Pas facile d’aborder de manière objective un groupe qui compte à ce point-là dans ma discographie. Animal Collective est un groupe gourou définitivement à part, merveilleux et inquiétant. Mardi à la Maroquinerie on écoute d’abord Gravenhurst, qui peine à convaincre tout à fait. C’est intéressant mais on s’ennuie parfois. Peu importe, il y a Animal Collective qui s’apprête à débarquer sur scène.
Quelques heures avant on ne savait pas trop à quoi s’attendre, maintenant on devine à en juger par le matériel que ce sera beaucoup plus électronique que les précédents. Il faut dire que le groupe ne cesse de surprendre et d’inventer de nouveaux terrains de jeux. Contre toutes attentes, le groupe ne jouera pas soir leur nouvel album Strawberry Jam à paraître en septembre, mais les morceaux mis en chantier depuis ! Exit les guitares, et la batterie est réduite à son plus simple appareil : deux fûts, deux baguettes. Les trois animaux utilisent des boucles sonores et des voix en écho, il y a des couleurs tribales et chants hawaïens ; il y a aussi le génie de Brian Wilson et la fraîcheur des Beach Boys. La musique d’Animal Collective agit comme une drogue, autour de moi il y a sur les visages un sourire béat et stupéfait. C’est juste extatique.
Le temps a passé depuis les débuts du groupe de Baltimore. Je me souviens les avoir découvert en première partie de Mùm en 2002, dans une improvisation bruitiste, obscure et peu engageante. Puis viendra les balades hallucinogènes de Sung Tongs, basées sur des sessions de guitares folks complètement barrées. Sung Tongs est absolument inouï, il faut écouter Sung Tongs ! Quand je les retrouve fin 2005 à Paris, ils ont bien changé, ils apparaissent déguisés et improvisent beaucoup sur des riffs pop et l’électronique trouve sa place. Le live est frustrant et je dévore les disques solos de Avey Tare, Geologist et Panda Bear. Largement influencés par Panda Bearjustement, le son actuel d’Animal Collective vire à la transe chamanique puisant ses racines dans la musique du Pacifique, la musique tribale et la folk des grands espaces. Mêmes les meilleurs passages de Sung Tongs sont rejoués sans guitares ! "Leaf house" et "Who could win a rabbit" perdent un peu de leur charisme, mais fonctionnent bien malgré tout. Au micro Avey Tare est sous emprise, il mène la joyeuse bande comme le joueur de flûte. On suit. On scotche. On en veut encore. C’est l’annonce de l’anniversaire de Panda Bear qui nous tire de là : le public chante, le jeune homme souffle ses bougies. Et repartent de plus belle. Ce soir Animal Collective est passé du statut de groupe folk foutraque à celui de gourou irremplaçable. Heureusement j’ai trouvé sur Bansheebeatquelques enregistrements live en mp3 pour se consoler avant leur retour annoncé à l’automne.
On ne présente plus la Blogothèque et sesConcerts à emporter, mais ça fait tellement plaisir d'en parler. Depuis plus d'un an, Chryde et Vincent Moon (aka Matthieu saura) s'arrangent pour filmer leurs groupes préférés dans Paris, interprètant en pleine rue une version acoustique ou deux. Sur le trottoir, sur un toit, dans une voiture ou dans un bus, dans un bar, et même en s'invitant chez des gens, Vincent Moon filme avec brio et en plan séquence la crême de la scène indé. The Shins, Hidden Cameras, The Divine Comedy, Sufjan Stevens, Dirty Projectors, Pascal Comelade, Grizzly Bear ou Arcade Fire y ont tous participé.
Lundi 30 Juin, la Blogothèque organise la première "Soirée à emporter" à la Flèche d'or autour de Zach Condon de Beirut. Oui oui, Beirut! Chryde s'explique: "Ce ne sera pas une soirée habituelle. On l’a conçu comme un Concert à Emporter géant, ouvert à tous, en espérant qu’il y aura autant d’accidents, d’imprévus, de péripéties, de belles surprises et de moments de grâce que lors de nos tournages habituels. On a voulu vous présenter des artistes qui nous tiennent à coeur et que nous avons déjà défendu sur nos pages." Ils ne joueront pas sur scène. Ils joueront au milieu du public en semi-acoustique. Les groupes vont jouer ensemble: Inlets devrait aider Beirut, qui jouera avec le Kocani Orkestar, et Jeremy Warmsley pourrait faire les coeurs. Il y aura aussi David-Ivar Herman Düne. Ca va déchirer, un conseil soyez en avance!
Pour la dernière soirée Nomade, la Fondation Cartier recevait Lambchop. De prime abord, ma première surprise fut celle d’une qualité acoustique hors du commun et d’une subtilité qui n’avait d’égal que sa puissance dont le groupe originaire de Nashville, conduit par le leader Kurt Wagner empli la salle de sa présence charismatique. Chaque instrument apporte son lot à la formation, qui au final résulte d’une fine alchimie. Je me mets parfois à penser au Buena Vista Social Club, dont les termes puissance et subtilité venaient d'eux-mêmes, bien qu'ici s'écoulait de la musique country-folk. Autant la partie rythmique que la partie mélodique du groupe sonnent juste. En effet le groupe est composé de musiciens hors pairs, délivrant une acoustique à la fois chargée de sincérité, de vibrations, alliée a une précision redoutable qui une fois n’est pas coutume, ne se charge pas de rigueur frigorifique. Bien que l’atmosphère du lieu et l’encadrement somme tout assez rigide empêche bien souvent des envolées euphoriques, ce soir, le groupe a communique au public une certaine humanité, ponctuant ses chansons d’anecdotes et de blagues à l’humour fin, permettant de sortir le public de sa relative crispation. Le set aura duré presque deux heures, avec un rappel dans les règles de l’art, accablé sous les applaudissements du public.
Duo allemand issu de la vague électro-rock, frère de mix de nos chers Justice, Digitalism est un duo qui a le vent en poupe. Découvert tardivement sur une compile des Inrocks, le titre imparable "idealistic" m’avait conduit à en savoir un peu plus. C’est donc tout naturellement que la galette est arrivée chez moi, et assez chaudement accueillie. En effet, malgré une esthétique et un buzz marketing autour de cette panoplie d’artistes tous plus électro-rock-glam-clash que les autres, Digitalism impose d’entrée sa marque de fabrique. L’univers asséné des bornes d’arcades des années 80, aux couleurs bi chromiques vert et violet fluo annoncent le ton. Ce duo nous fait partager une expérience dans ce que les années 80 ont de plus plastique, de plus synthétique. C’est l’image d’Épinal maîtrisée par une caricature efficace. L’album est très éclectique, gardant l’auditeur toujours en éveil a chaque nouveau titre, allant d’un titre house typé Armand Van Helden avec son dernier ghetto blaster, à un titre de post punk tout droit sorti d’Interpol qui serait venu déguster des petits fours chez nos amis The Rapture. Parfois ça et la, des relents d’analogique, entrevue de Moog, qui viennent à la rencontre d’acid house, relevant d’une fine alchimie. Ce disque pourrait être une rencontre improbable, anti-générationnelle, du Summer of love, en passant par la disco des Pet Shop Boys, les montées de synthétiseurs de Tangerine Dream pour finir par les délires rythmiques de 808 State. Ce disque est donc une réussite, un grand coup de cœur, qui avant d’être une simple galette de plus pour clubber, nous offre une plongée chargée d’émotions pour toutes ces révolutions synthétiques qui ont marqué à jamais la musique d’aujourd’hui. Digitalism - Idealism (Kitsuné)
A l'occasion des fameuses soirées nomades, soirées organisées par la Fondation Cartier, Matmos s'infiltrait au sein de l'exposition Rock'n Roll. « Projet électronique radical du duo Drew Daniel et Martin C. Schmidt, Matmos s’est fait connaître d’un plus large public pour ses collaborations avec Björk. ». Voilà toutes les informations que j’avais lors du rendez-vous pour ce concert qui s’annonçait trépident, insolite. Une fois n’est pas coutume, d’allier la Fondation Cartier, lieux à l’architecture très poétique de Jean Nouvel, mêlée à l’exposition Rock’n Roll, ressassant la révolution culturelle du Rock, le tout pour un concert de musique électronique dont la fiche décrit une collaboration avec l’artiste énigmatique Björk !
Une petite scène était installée dans l’obscurité, laissant place aux concertistes qui allaient nous délivrer, je l’espérais, de l’exiguïté euphorique que peut apporter un tel lieux. Matmos mélange sons électroniques, lame instrumentale, allant du vocodeur krautrock, à l’anecdotique élastique en caoutchouc tendu, assurant la partie basse. Le tout agrémenté de gimmick vocaux, assurés par deux intervenants, rappelant la formation maracas d’Herman Düne. La comparaison s’arrête la. Le groupe oscille entre électro progressive, parfois proche du drone, à l’électro pop la plus branchée des Boutiques parisiennes. Le concert est parfois entraînant, mais le groupe souffre dans la durée. En effet, chaque morceau, dont l’envole se fait parfois attendre, hésite, et fini par retomber là ou le public l’attendait. Le concert fut très court. Matmos, malgré un humour fin, composé d’une musicalité créative s’essouffle. Nous restons sur notre faim, en attendant une autre démonstration. myspace.com/matmos1
A l’heure où sonne le glas de l’électro minimale, épuisée, étendard commercial pour club lounge érinté, surgit des tréfonds d’un Chester One, Pantha du Prince, formation électro de Gui Boratto. Après son excellent Chromophobia, revient avec son son très léché, au visuel raffiné, qui pourrait nous rappeler l’univers suédois des Royksopp ou d’un mix imparable de Carl Craig.
Mais non, Pantha du Prince a son identité, a su semer la brèche, non par son originalité, mais pas sa justesse, qui au fil de l’album nous entraîne sur un long chemin, formé d’ondes, qui n’ont de saturations que l’âpre sensation d’un satin sur la peau, pour mieux révéler ce qu'est la base de l'électro minimale, le beat ultime, l’écrin qui fait d’un objet un classique, intemporel, un passage improbable entre Pierre Cardin et Air à leur apogée. Pantha du prince c’est une nappe de velours, où sont distillées quelques acides, quelques montées, mais toujours dans une certaine idée du goût, de l’osmose, nous somme ici pour nous détendre, c’est le disque de l’after work. Pantha Du Prince - This Bliss (Dial Rec)
PANTHA DU PRINCE eisbaden (MP3) extrait du This Bliss
La Route du Rock est une étape estivale incontournable, presque une institution. Si l'esthétique originelle du festival se trouve désormais un peu banalisée, diluée parce qu'aujourd'hui le rock est synonyme de branchitude, il est pourtant important de rappeler qu'elle est un évènement qui depuis ses débuts il y a 17 ans, se laisse guider par ses pulsions primaires. Cette année encore les choix sont audacieux et la programmation fait écho aux découvertes de l'année. D'abord LCD Soundsystem, the National, et CSS se sont évidemment imposés d'eux-mêmes (on y reviendra), ainsi que les petits nouveaux fortement appréciés comme the Bernard Lakes, Voxtrot, Elvis Perkins ou Albert Hammond Jr échappé des Strokes pendant un temps. Quelques belles têtes d'affiche sont plus ou moins sûres mais rempliront vite le fort vauban de St Père: Sonic Youth reprenant leur Daydream Nation, ou la reformation douteuse des Smashing Pumpkins. Enfin les pistes se brouillent avec l'electro, New Young Pony Club, Erol Alkan et Justice feront danser les malouins jusqu'à tard dans la nuit. Prenez vos billets, la collection été aura lieu cette année du 15 au 17 juillet. www.laroutedurock.com/
Organisée à l’occasion des 30 ans du Centre Pompidou, cette exposition permet au visiteur de s’immerger au sein de l’art dans son acception la plus générale.La très grande surface alléguée pour l’occasion permet une découverte des différentes disciplines alors souvent séparées dans le domaine de la création. Une fois n’est pas coutume, Airs de Paris regroupe l’art plastique, le design, l’architecture, et les questions d’urbanismes liées à ces disciplines. Plus qu’une simple visite, le spectateur se confronte aux questionnements de la société contemporaine, y trouve différentes propositions que peuvent amener les artistes, et surtout se questionne lui-même. En témoignent les murs végétaux de Patrick Blanc, une œuvre sur site de Gordon Matta Clark, Conical Intersect, réalisée lors de la démolition d’un immeuble suite à la construction du Centre Pompidou, ou encore une thématique sur la vulgarisation de l’aérospatiale. Cette exposition pour être vue dans son ensemble et avec pertinence nécessite malheureusement plusieurs visites, l’espace dédié et le nombre d’œuvres à voir étant énorme. La diversité permet néanmoins de garder le visiteur en éveil durant tout le parcours. Une interactivité a également été mise en place sur Internet, où les œuvres sonores peuvent être podcastées sur le site du Centre Pompidou.
Jusqu’au 15 août 2007
C’est à l’improviste que mon arrivée s’effectue pour ce deuxième jour du festival Villette Sonique, festival de musiques actuelles presque contemporaines, gratuit, de qualité, dans les jardins investis par les sculptures poétique de Claes Oldenburg, organisé par la ville de Paris. Le premier jour ne m’ayant guère sensibilisé, j’étais dans l’attente d’un spectacle un peu plus convainquant. Et quelle ne fut pas ma surprise… Shit And Shine: La formation atypique de ce groupe se compose de trois batteurs ayant chacun une batterie agencée différemment, composée essentiellement de set minimales, proche de la fanfare, de deux basses qui assurent la partie chant, et basta. Dès lors je suspecte cette assemblée de nous délivrer un son stoner. Je jette un œil au fascicule : "proche de Sunn O… " Je ne me suis pas trompé ! Un groupe phare de ce mouvement issu du rock n roll basé sur de lourds riffs dont le groupe etendart équivalent stoner éducoloré sauce pop se prénomme Queens Of The stone Age. Mais ici, contrairement à Sunn O, le folklore vestimentaire n’est pas de mise. Le groupe aura pour tout et pour tout joué un titre, de 45 minutes, dont la sonorité très rock from Chicago, (un son lourd, froid & répétitif), qui joue sur les nuances, l’évolution des nappes, sorte de croisement improbable entre la musique minimaliste de Philipp Glass et le fameux groupe du producteur Steve Albini, les bien nommés Schellac. Les 3 batteries jouent tour à tour leurs boucles, sortes de boites à rythmes rock métal orchestrées mécaniquement, afin d’appuyer le sentiment de lourdeur. La mécanisation du jeu, apportant froideur et ampleur à l’orchestre, vient se mêler et butter contre le son des deux basses, lourd et baveux, rappelant celui des Melvins. Le concert devient vraiment convainquant, je suis touché, la lente progression me saisi, la longue durée du morceau s’est déjà écoulée je suis en appétit. Fin du concert.
Polysics: La foule s’amasse, je me colle contre la scène attendant que l’arrivée massive soit terminée. Polysics est un groupe japonais qui a le vent en poupe, nous sommes à Paris. Hype is Japan. Je prépare mon appareil photographique. A mes cotés se trouvent des groupies agglutinées en plein air dont les cris de volaille témoignent d’un dévouement fanatique, à l’allure vestimentaire rappelant l’ambiance d’un concert d’Indochine (vécu ?). Le concert peu commencer dignement. Le groupe installe lui même son matériel, arborant ses tuniques oranges, lunettes laser noires, sorte d’espace temps stylistique entre Mario Bros et les Ghostbusters. Le concert démarre très fort. Une grande énergie émane du groupe, la basse percute, rythmique imparable, son bondissant tel une balle de tennis sur un grand cour à Roland Garros, le jeu m’évoque le rock vitaminé et non moins dansant du death disco. Les sonorités oscillent entre mélodie électro kitsch des années 80, et rythmique virevoltée. Le guitariste, leader du groupe sur scène, assure le show, entre star assumée et image d’epinale déjantée du japon qui ravi les français. Le public est conquis. Seul la partie clavier fait office d’intrus durant le set, délivrant une partie mélodique relativement statique dans sa prestation chorégraphique. Les compositions sont toutes redoutables en concert, le groupe donne toute son énergie, la foule s’embrase. Mon périple ferroviaire valait le détour. Clichés haute résolution de cette journée ensoleillée (à télécharger)
Heureux, je suis heureux! Je sors du concert de Beirut le coeur léger, le sourire aux lèvres.C'est vers 21h que Sidi Ali, venu en renfort assurer la première partie, prévient "Non je ne suis pas les Dirty Projectors qui ont eu un empêchement, on m'a appelé il y a une heure". Dommage. En même temps le bonhomme ne se débrouille pas mal, on se rappelle l'avoir vu chanter tout récemment avec Zach Gordondans un bar parisien. Pour l'heure on se fraie un chemin dans le Trabendo plein à craquer, Beirut va commencer. Ils sont huit ou neuf musiciens sur scène et forment un gulag orkestar digne de leur réputation: ukulélé, trompette, guitare, batterie, mandoline et tambourin, clavier, violon, accordéon et des cuivres en tous genres. Les instruments chantent, je frissone. C'est une délivrance, une joie sans nom que de découvrir enfin ces chansons qui sont restées si longtemps sur ma platine. A chaque son de trompette ou d'euphonium, c'est l'émotion. On n'arrive pas à savoir si c'est triste ou si c'est gai, ce mélange de folk américain de musiques slaves. Zach s'exprime dans un français remarquable, et semble maintenant beaucoup mieux à Paris qu'en novembre dernier. Il s'excuse même d'avoir fait faut bon. "Un dernier pour la route" lance-t-il au public tirant sur une fiole de whisky. Et d'enchaîner sur une reprise du "Moribond" de Jacques Brel. La suite est un succession de chansons incroyables, jouées avec un charisme certain. "Elephant gun", "Postards from Italy", "Scenic world", "After the curtains". Tout son répertoire et même un peu plus: il y a cet air mexicain dont il ne retrouve pas le nom (c'est que la route est longue) véritable point d'orgue de la soirée où les Dirty Projectors (finalement là) et Monsieur Saura viendront se joindre. On est pas loin de l'ambiance des films de Kusturica, c'est la fête au sens slave du terme. En attendant une nouvelle galette début octobre, une petite derniere pour la route!
Dans le cadre du festival de Saint-Denis se produisaient les américains du Kronos Quartet dans la très prestigieuse basilique : un lieu rêvé pour la musique du Kronos, solennelle et puissamment évocatrice.Cette formation joue un rôle essentiel dans la création contemporaine depuis plus de 30 ans. Si les instruments sont "classiques", trois violons et un violoncelle, leur musique est résolument moderne comme en témoigne leurs collaborations avec David Bowie, Philipp Glass ou encore Steve Reich. Le Kronos s’est aussi intéressé à la musique de film, il est notamment l’interprète de la BO de Requiem for a dream.
Le Quartet a fait le choix de la diversité dans leur approche de la création musicale en développant une série de collaborations avec les plus grands noms de la musique contemporaine. Le concert de la basilique Saint-Denis illsutre parfaitement cet état d’esprit d’ouverture musicale : les mouvements s'enchaînent sans se ressembler. Le Kronos joue des pièces de musique de compositeurs très divers, Osvaldo Golijov, le groupe de rock mexicain Café Tacuba, John Adams ou encore Terry Riley. Certains morceaux sont soutenus par de la musique préenregistrée, ainsi de la guitare et des percussions accompagnent parfois le Quartet. L’évènement de la soirée est la pièce de musique spécialement composée pour le Kronos Quartet par le jeune compositeur Felipe Pérez Santiago et jouée en exclusivité mondiale. Une œuvre hallucinante, presque bruitiste, utilisant des sons électroniques, le tout dans la basilique Saint-Denis s’il vous plaît.
L’œuvre la plus complexe et la plus moderne jouée par le groupe ce soir est sans aucun doute, "Cadenza on the night plain" de Terry Riley, un des pères de la musique minimaliste. On peut entendre lors de ce mouvement les instruments séparément puisqu’une partie solo est réservée à chacun d’entre eux. Une œuvre vraiment sublime mais peut-être la moins accessible de ce concert eccléctique. Le Kronos ne déçoit pas: oscillant entre coups d’archets frénétiques et douce mélancolie, l’enthousiasme des musiciens semble avoir conquis le public du festival. Trente ans plus tard, le groupe reste l’un des fers de lance de la création contemporaine, médium idéal pour des compositeurs de générations et d’horizons très différents.