Resfest, c'était la semaine dernière et ca valait drôlement le coup! On a pu y voir des courts-métrages très originaux et de toutes sortes ayant en commun l'appel au numérique. Après dix ans d'existance, le festival itinérants tourne partout dans le monde, ainsi qu'à Istanbul. Turkish touch, cinéma electronica, selection spéciale Radiohead, on trouve pas mal de choses. A vrai dire on croule sous les courts. Deux projections attirent notre attention: Vidéos that rocks, et Under the Sun. La première présente quelques uns des meilleurs clips de l'année 2006 (évidemment sur Youtube): Hot Chip, the Knife, Subtle, Archive, the Sneaks... On en prend plein les yeux, et j'éprouve un certain plaisir à découvrir au cinéma sur grand écran ces petits chefs-d'oeuvres d'animation, spécialement At the bottom of everything de Bright Eyes, Crosses de Zero 7. La seconde projection, centrée sur le débat écolo, recense des cour(t)s educatifs et quelques créations publicitaires, pour des ONG ou des labels bio. C'est parfois inégale mais on tombe sur des pépites, drôles, intelligente et bien faites. Cette serie sera suivie d'une conférence sur le rechauffement de la planète en turc... je m'éclipse discrètement.
Samedi 24, retour à la Vapeur : mes oreilles sifflent toujours, mais bon the Raptureest au programme. The Rapture, ce qui avait sorti Echoes sur l’excellent label DFA il y a trois ans. J’arrive un peu après 22h, zappant ainsi les 3 premiers groupes (Boris Vian ndlr). Foule et cris en délire. Le public est plus jeune ce soir, ils sont là pour voir leurs idoles. A ma grande surprise, le groupe n’affiche pas un look sur-étudié. J’y vois malgré leur succès assez fulgurant, une bande d’amis qui se sont laissés surprendre par le succès. Ils commencent par les chansons du dernier album ; c’est mignon mais j’attends le passé, comme un aigri à un concert de Johnny qui attend les portes du pénitencier ! Ils se mettent à jouer « House of Jalous Lovers », sorti sur Sub Pop peu avant leur premier et excellent album. Je suis très surpris, la foule ne sait pas a quoi s’attendre, je jubile déjà, s’ensuit de bons vieux tubes, mais le constat est la, le groupe s’est essoufflé en deux albums. Reste « WAYU » qui fonctionne très bien. Malgré ce dernier pétard mouillé, le Génériq nous en fait voir de belles ! La province ça a du bon (et je ne parle pas du prix dérisoire des consommations). (credits photos: maxence)
“Saturday night i feel the air is getting hot, like you baby”. C’est sur ces bonnes paroles de Whigfied qu’on entre au Babylon, Annelies et moi. Le concert de Marc Ribot et son groupe Ceramic Dog a déjà démarré. On l’a entendu chez Tom Waits, Alain Bashung, et pas mal de monde. Il côtoie John Zorn et le gratin de la scène new-yorkaise. C’est un adepte des grands écarts, entre free punk, jazz arty et solos dépouillés ; chacun de ses projets est prétexte pour explorer de nouvelles pistes. Avec son nouveau groupe Ceramic Dog, le trio nous convie ce soir à une performance bouillante, une « free punk expérience psychédélique post-electronica » comme il aime à la décrire. Singulier et ambitieux, le groupe montre sur scène une aisance technique et des compostions inspirées, on y retrouve une certaine filiation avec Yo La Tengo. Et, chose de plus en plus rare, les membres prennent véritablement leur pied. On en profitera pendant une petite heure, dégoûtés d’avoir raté le début du concert. Une bière plus tard, nous nous retrouvons cette fois dans la fosse. DJ Shantel commence sobrement son set, à base de boite à rythme tendance gypsy. On n’y croit pas vraiment, il est presque minuit et je suis crevé. Pourtant 3 heures plus tard on ressort en nage, heureux : Shantel pour son anniversaire a mis les bouchées doubles, offrant au public un show incroyable debout sur la table de mixage à chanter des hymnes d’europe de l’est, au gré des disques qu’il remixe. Tout y passe, spécialement la musique des balkans. Folklore gitan, chansons juives, jazz klezmer. On prend un sacré claque, le public est à bout de souffle et moi le premier ! Shantel fait peter le champagne et continue d’offrir des verres de vodka. Il se fait même porter en triomphe par un public sur-motivé. Putain, j’en revient toujours pas. NB. J’ai fini par mettre la main sur ce morceau que j’ai tant kiffé. Il s’agit à l’origine d’une chanson révolutionnaire italienne, reprise par pas mal de monde y compris Emir Kusturica et Manu Chao. Montez le son!
GORAN BREGOVIC & MODENA CITY RAMBLERS bella ciao (MP3) extrait du O Sole Mio: the songs of Naples
Vendredi à la vapeur. La soirée commence avec à ma grande surprise An Albatross, du hardcore très speed, qui fait son charme grâce à un synthé aux sons assez vintage, en décalage complet avec le set très énergique du groupe. Ca s’enchaîne à toute vitesse, on pense tout de suite à The Locust, les compos durent 1min 30, et s’enchainent avec toujours autant d’énergie. Le chanteur se prend pour Robert Plant (étant jeune) on en redemande, une partie du public participe, l’autre ne comprend pas vraiment le sens de cette performance. Fin du concert, chacun a le temps de laisser son rythme cardiaque redescendre (bpm). Info: ils repasseront en France début mai, le 2 à Paris (Batofar). Sans aucune transition Brazilian Girls. Très spéciale comme programmation, du jamais vu! Haha sans transition, c’était tellement drôle, c’est comme mettre LCD Soundsystem avant Sigur Ros! Le groupe arrive, la chanteuse est vêtue d’une tenue moulante digne d’un James Bond période Goldfinger ; on imagine qu'un set électro hype de chez Colette s’annonce. Erreur! Une musique tintée de dub, électro lounge, aux montées house. Les Brazilian Girls délivre un très bon concert, communicatif: elle joue son rôle de bimbo pleinement assumé, les musiciens sont très concentrés, le set est très très carré, sans être froid. C'est déjà fini, on en veut encore! Arrive ensuite Just Jack (Label Mercury). J’avais déjà un peu écouté, c'est sympa j’attendais donc une surprise et que l’on m’étonne. Bon bon pourquoi un tel engouement pour ce groupe ? Oui, c’est très accessible (playlist Boris Vian – J’suis snobe), c’est d’ailleurs ce que je leur reproche, non qu’ils soient populistes, mais on s’emmerde un peu. Un concert de Just Jack ne vous change pas, c’est Just(e) sympa. La chanteuse est digne d’un bal de variété, le guitariste fait des solo comme les plus mauvais groupe des années 80. Malgré tout, le chanteur a cette étincelle, un regard subtile et sincère. Le public, lui, adore. A suivre: les aventures de Maxence au Génériq (part.4)
Jeudi, la suite. On arrive donc au Chat noir. Architecture ingénieuse, mais décoration rococo ratée. Très bonne surprise que ce MSTRKRFT (prononcez « Mastercraft ») en première partie. Les djs sont décomplexés. Un des deux arbore une moustache digne d’une série b seventies. Leurs compositions sont très efficaces, plus ou moins destructurés, on pense évidemment au « Rollin & scratching » de Daft Punk, qu’ils intègrent d’ailleurs à la fin du set. Mais j’attends malgré tout Para One comme une groupie. Il se pointe vers 2h, coupe de champagne à la main. On est dans l’esprit, festif léger mais pas putassier. Et là s’ensuit un set électro assez hard, à ma grande surprise l’accueil est bon, malgré des beats relativement complexe et décousus. On reconnaît des bribes de l’album Epiphanie, mais le spectacle laisse une grande place à l’improvisation. Commence ensuite Teenage Bad Girl, électro rock vitaminé, mais la mes oreilles commence à lâcher, le son est très très fort, nous décidons de partir, il reste encore deux jours. (crédits photos: maxence)
C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs plats. L'équipe Because Music/Ed Banger l'a bien compris, et joue du buzz marketing (bouche-à-oreille planétaire) avec beaucoup d'adresse! Le dernier clip de DJ Mehdi en est l'exemple parfait, et continue de cartonner sur le net. Prenez un titre qui en a dans le pantallon, "Signatune" de l'excellent DJ Mehdi, faites-le remixer par Thomas Bangalter, la moitié de Daft Punk. Classe parisienne oblige. Ajouter un vidéo-clip ingénieux réalisé par Benjamin Serousside l'équipe Kourtrajmé. La vidéo reprendra les clichés du tunning façon Strip-Tease, le docu "135dB" fera l'affaire. D'ailleurs il est énorme on se l'échange entre amis. Et pour le rôle du boauf on reprend Olivier Barthelemy qu'on adore. Le clip est dans la boîte, prêt à exploser. Ajoutez maintenant un bon plan marketing. On compte sur les soirées branchées du label Ed Banger pour faire mousser le produit, et le talent de Because Music (Charlotte Gainsbourg, Klaxons) pour le diffuser.¨Un contrat d'exclusivité avec Dailymotion fera l'affaire: pendant une semaine la vidéo sera en tête de gondolle sur l'accueil du site. Et les blogs s'occupent du reste parce que vraiment a déchire! A table:
Le festival Génériq, nouvel événement musical organisé à l’est par les Eurockeennes (Belfort), le Noumatrouff (Besançon) et la Vapeur (Dijon) fait vibrer clubs, salles de spectacle, de concerts, centres d’art contemporain, centres chorégraphiques, avec une programmation audacieuse. Coup de projecteur sur l’événement dijonnais.
Jeudi tout commence à l’Athénium avec Boom Pam, produit par Shantel. Très vite, je ne regrette déjà plus d’avoir réservé mes trois jours. Ce jeune groupe, dont le nom est tiré d’un vieux hit israëlien, distille un rock jazz manouche très subtil, entre musiques gypsy et attitude rock pour (je cite) « faire bouger les foules au milieu du dancefloor et donner à leur concerts l’atmosphère d’une fête de mariage où l’alcohol coule à flots » ! A croire que leur bio a été concoctée par Philippe Manœuvre en personne. Le chant rappelle les couleurs de la culture israélienne, c’est festif, bucolique et on trouve parfois même audaces de ska dignes des Specials. Suit Socalled (musicien, magicien, photographe, écrivain), attendu avec impatience. Le set commence très fort : entrée yiddish au piano par ce fameux MC canadien, puis le groupe démarre avec basse, trompette. Des « spécial guest viendront poser des lyrics. La boite à rythme de Socalled est mal connectée, l’obligeant à faire un début de concert totalement improvisé, et prenant le tout avec beaucoup d’humour. Je suis déjà séduit. Apres ça, les titres s’enchaînent. On est touché par ces déambulations maladroites, cette sincérité, et cette passion pour la musique que transmet le groupe. Un véritable groupe car le projet qui réunit Socalled et les musiciens formait une véritable symbiose, de la musique décomplexée de toute esthétique, attitude, ou cliché ambiant. On est venu voir une performance musicale et humaniste, et basta. Suite du programme, installation d’un piano à queue, une guitare folk, haha, je salive, maisnon, c’est Mina Tindle qui prends la relève. Le public accroche, mais je passe mon chemin dès les premières secondes, mon esprit caustique s’emballe avant même que le set du duo folk ne commence. Entre le pianiste qui hésite entre mélodie et électron simpliste, et Mina Tindle, qui joue les Birkin à la sauce Shannon Wright, ça m’exaspère à tel point que je commence déjà à penser au club le Chat Noir où est programmé Para One et ses potes. Daniel Darc qui prend ici la suite n’arrange rien. Affaire à suivre.
Le concert de Taraf de Haidouks terminé, je file à Indigo pour écouter de la bonne minimale. Il s'agit d'une soirée dj au féminin avec deux brunettes derrière les platines: Ahu et Dinky. Si la première étend ses plages minimalistes avec brio, c'est Dinky qu'on attend avec impatience. Originaire de Santiago de Chile, elle s'installe à Berlin où elle écoute en boucle Plastikman, Aphex Twin, Carl Craig. Elle continue à faire de la danse contemporaine en parallèle de ses activités sonores un peu partout dans le monde où elle accompagne Miss Kittin lors de ses tournées. Ses nappes de blips numériques fonctionnent à merveilles. La formule est simpliste, et pourtant ses arrangements electrisent le dancefloor. Obligé, il faut qu'elle joue Nathan Fake"The sky was pink (James Holden remix)" d'une façon ou d'une autre. Je lui tend un petit papier avec le titre et un sourire. Gagné: un bon moment plus tard elle l'intègre à son set - faut bien tendre l'oreille quand même. Trop la classe! Avant de filer, je vous offre un morceau à emporter. Vous prendrez bien un "Acid on my fridge" pour la route?
DINKY acid on my fridge (MP3) extrait du Fabric Live 23 -Death in Vegas
Gros évènement ce soir à GarajIstanbul! Heureusement averti à temps pour le concert de Taraf de Haidouks, je me faufile avec mon pote Baran et nos pass presse. Le concert est archi-complet, pas moyen de trouver de places pour les potes qui restent sur le carreau. L'évènement est de taille: Taraf de Haidouks, célébré dans le monde entier comme le meilleur groupe de musique gypsy, revient après 5ans d'abscence à Istanbul. Une bonne dizaine de manouches déboulent sur scène, avec violons, contrebasse, accordéon, flute et percus. Costumes et sourires dorés. Les tziganes partent au quart de tour sur des rythmes fous, des voix magiques et des violons qui dansent. Incroyable de voir le succès que cette "bande d'honorable brigants" autoproclamée rammasse sur son passage. Il le méritent! D'abord il y a leurs apparitions au cinéma dans "The Man Who Cried" aux côtés de Johnny Depp, et dans le "Latcho Drom" de Tony Gatlif qui retrace carrément leur histoire (dont je vous propose un extrait). Ensuite il faut avouer que Taraf de Haidouks mélangent à merveille, et simultanément, des mélodies tristes et joyeuses à leurs personnages colorés. Ce soir dans le public ça chante, ça danse, ça fait plaisir à voir. La manifestation, intitulée World Music Days et découpée en quelques dates clés à pour objectif de faire valoir les mélodies du monde entier. On découvrait les talents de DJ de Talvin Singh et Yakuza le mois dernier ; cette fois encore c'est un succès! Jetez donc un oeil à cet extrait de "Latcho Drom".
Organisé par le label UWe, ce nouveau rendez-vous annuel vous invite à découvrir des films et documentaires musicaux au tour d'un thème fédérateur, une ville ou un courant musical. Pour cette prémière édition, New York est à l'honneur avec la projection de 3 films. Awasome; I've Fucking Shot That! de Nathanial Hörnblower renoue avec l'esthétique DIY et vous fait voir un concert des Beastie Boys filmé par 50 mini-caméras amateurs. Véritable pépite, New York Doll de Greg Whiteley se penche sur l'histoire de Michael "Killer" Kane, passé du statut de rockstar mythique à celui de bibiothécaire mormon. Le groupe se reforme pour un concert en 2004, au Royal Festival Hall de Londres! Enfin Block Party réunit pour un concert-spectacle Kanye West, Erykah Badu, Jill Scott, the Roots, Cody ChesnuTT et même les Fugees. Et la fiesta est filmée par Michel Gondry! On vous le dit: il faut y aller! Présent dans une douzaine de ville en France et au Rex de Paris 16 mars (dates et horaires sont surle site du festival).
Jamais à cours de bonnes idées, le nouvel opus du projet OuMuPo, instigué par le label Ici d’ailleurs convie cette fois DJ Krush et Killofer au banquet. L’OuMuPo, pour Ouvroir de Musiques Potentiel. On pourrait le définir comme le penchant musical de la création sous contraintes, exploré en littérature par l’OuLiPo et en bande dessinée par l’OuBaPo. Et le maître de l’abstract hip-hop de contourner en s’amusant les règles établies par une charte contraignante (ex : «Le catalogue Ici d’ailleurs doit servir de trame de fond pour chaque titre, à l’artiste de se l’approprier, le détourner et d’y ajouter ce que bon lui semble») ou par l’artiste lui-même (ex : «Construire une histoire tout au long du mix, que chacun pourra visualiser par la simple écoute du mix"). Le résultat est stupéfiant, on croirait même à un album studio de DJ Krush ! Comme ses prédécesseurs, il offre une lecture très personnelle de l’exercice proposé, n’utilisant quasiment que des parties instrumentales. Krush passe ainsi à la moulinette Thomas Belhom, The Married Monk, Bästard ou Dominique Petitgrand avec succès. De son côté, le dessinateur Killofer est chargé de retranscrire en 64 cases la célèbre partie opposant le surréaliste Marcel Duchamp au créateur de la Fédération Belge des échecs. Tout un programme ! Si on regrette la quasi-absence de dialogues, réduit à leurs simples déplacements sur l’échiquier, les dessins et collages oubapiens quant à eux associent Gerner, David B et biens d’autres auteurs. Killofer manie un style bien à lui, enchevêtre les personnages, et ses dessins ont des allures de géométries variables. En plus les enfants l’adorent. Voilà un mariage entre CD et livret peu orthodoxe : un objet classe qui redonnera foi à ceux qui ont délaissé leur disquaire. On opte pour un prochain opus alliant DJ Yakuza et Christophe Blain. Un jour serons-nous peut être exaucés ?