Histoire de pinceaux
Quand l’excellent et prolifique Joann Sfar rencontre Quentin Blake, un autre dessinateur de BD à manier l’aquarelle avec génie, ils parlent de quoi à votre avis? Auteur à la curiosité débordante, Joann Sfar s’offre une digression d’une vingtaine de pages sur la peinture à l’eau et ses techniques dans le tome 2 de Klezmer. L’histoire d’une troupe de jazz klezmer plein de poésie et de folklore juif, comme le sont souvent ses fables : inclassables.
« Notes au sujet de l’aquarelle : 1. il faut mettre beaucoup d’eau, 2. il ne faut pas colorier dans les traits, 3. il ne faut jamais donner aux choses une vraie couleur. Ces trois points constituent des petites certitudes autour desquelles on pourra mener, sa vie durant, d’innombrables expérimentations chromatiques. Hors ces trois commandements, l’aquarelliste avance dans sa pratique sans trop d’idées acquises. On s’y met et parfois ça convient.

Quand je l’interrogeais sur les aquarelles, Quentin Blake m’a répondu à peu de choses près ceci : "Si vous me demanderiez à quoi m’ont servi toutes mes années de dessin, je pourrais répondre la tete haute. Car le dessin est une discipline interllectuelle dans le cadre de laquelle le travail porte ses fruits. En dessin, on progresse tout au long de sa vie. On sait exactement le chemin qu’on a parcouru. Tous nos dessins du passé sont contenus dans le dessin qu’on execute aujourd’hui. Mais si vous me demandez où j’en suis avec la couleur, je serais obligé de vous dire que je n’en sais rien. Sans doute pas plus avancé qu’il y a 50 ans."
Venant de mon aquarelliste favori, la leçon fait réfléchir. Et je me souviens des armées de cuistres qui prétendent enseigner la couleur. Ils pérorent en l’agitant par sa chimie, par sa réfraction, par ses nécessités mélodiques, ils font comme s’il s’agissait d’une chose connue, dont la clé tinte au fond de leur poche. Et on demande à voir leurs aquarelles, à ces professeurs de couleurs, et on est bien déçu. Alors on retourne chez Quentin Blake et l’on se dit que s’il y a quelque chose à apprendre, c’est chez lui qu’on le trouvera. (…) »
« Notes au sujet de l’aquarelle : 1. il faut mettre beaucoup d’eau, 2. il ne faut pas colorier dans les traits, 3. il ne faut jamais donner aux choses une vraie couleur. Ces trois points constituent des petites certitudes autour desquelles on pourra mener, sa vie durant, d’innombrables expérimentations chromatiques. Hors ces trois commandements, l’aquarelliste avance dans sa pratique sans trop d’idées acquises. On s’y met et parfois ça convient.

Quand je l’interrogeais sur les aquarelles, Quentin Blake m’a répondu à peu de choses près ceci : "Si vous me demanderiez à quoi m’ont servi toutes mes années de dessin, je pourrais répondre la tete haute. Car le dessin est une discipline interllectuelle dans le cadre de laquelle le travail porte ses fruits. En dessin, on progresse tout au long de sa vie. On sait exactement le chemin qu’on a parcouru. Tous nos dessins du passé sont contenus dans le dessin qu’on execute aujourd’hui. Mais si vous me demandez où j’en suis avec la couleur, je serais obligé de vous dire que je n’en sais rien. Sans doute pas plus avancé qu’il y a 50 ans."
Venant de mon aquarelliste favori, la leçon fait réfléchir. Et je me souviens des armées de cuistres qui prétendent enseigner la couleur. Ils pérorent en l’agitant par sa chimie, par sa réfraction, par ses nécessités mélodiques, ils font comme s’il s’agissait d’une chose connue, dont la clé tinte au fond de leur poche. Et on demande à voir leurs aquarelles, à ces professeurs de couleurs, et on est bien déçu. Alors on retourne chez Quentin Blake et l’on se dit que s’il y a quelque chose à apprendre, c’est chez lui qu’on le trouvera. (…) »
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