L’occasion était trop belle. Une annonce de dernière minute sur le site de l’émission C’est Lenoir nous préviens de la venue de Jarvis Cocker dans les studios d’Inter. Et pour cause, absent depuis au moins 4ans, l’ancien leader du mythique groupe Pulp vient de signer un magnifique album solo, sobrement intitulé Jarvis.
Bien content de faire connaissance avec sa longiligne et légendaire carcasse, c’est une fois encore qu’on se retrouve dans le Studio 105 pour une heure pas comme les autres. Il choisit de commencer sur "(Cunts are still) Running the world", morceau où il prend plaisir à se répandre en jurons au sujet de la politique. Jarvis manie les mots et les mélodies avec classe, il a, derrière ses grosses montures de lunettes, du talent à revendre. Sur scène, le bonhomme est entouré de l’ancien batteur des Fat Tuckers et de son ancien acolyte de Pulp à la basse, Steve Mackey. Plus un guitariste et un pianiste. Mais c’est un show à lui tout seul : chaque pause entre deux morceaux est un prétexte à des transitions, toujours drôles, parfois douteuses, où il vide ses pensés dans un français remarquable. A 43ans, il vit maintenant à Paris, et aime à s’étendre sur les tracas du quotidien, les petites différences entre ses deux pays. Il bouge, danse et semble parfaitement taillé pour la scène. Dans son costume de crooner de l’impossible (pour reprendre les mots de Christophe Basterra), il fait véritablement vivre ses chansons avec un charisme incroyable. Le songwritting tranquille de Jarvis ("I will kill you again", "From a to i") cède parfois la place à des titres plus énergiques ("Heavy weather", "Fat children"). Et c’est sur l’envoûtant et percutant "Black magic" que le groupe terminera cette session un peu spéciale. Si les fantômes de Pulp ont disparus (pas une seule reprise), Jarvis brille aujourd’hui en solo.
On ne l’attendais pas si tôt, et la nouvelle a fait l’effet du bombe : Birdy Nam Nam en live à la maison ! Et oui, le DVD live vient de sortir, accompagné d’un CD. Plus besoin d’être présentés, les 4 membres du crew (DJ Pone, DJ Need, Little Mike et Crazy B) ont acquis une sérieuse réputation. Le supergroupe rassemble bon nombre de fans qui ne se cantonnent pas, loin de là, aux seuls amateurs de hip hop ou de turntablism. Pour être francs, le disque officiel paru il y a un an laisse un peu sur sa fin, surtout après vu (de ses yeux vus) ce dont ils sont capables en live. Au mois de mai, les Birdy Nam Nam ont véritablement enflammé la Flèche d’Or avec une assurance incroyable !
Au-delà des prouesses techniques, le son de Birdy Nam Nam emprunte au hip hop, au trip hop et à l’acide house, et continue à se renouveler au fur et à mesure des tournées. La preuve avec ce live enregistré en juin à la Cigale, où les Birdy sont pour la première fois accompagnés d’un orchestre de jazz. « C’est Michael à la basse, Denis à l’accordéon, Nicolas et Thomas à la guitare » lance les BNN en guise d’introduction. Derrière, le titre "Abesses" enfonce le clou. On sait maintenant à quoi s’attendre. Réalisé par François Bergeron (apparemment déjà à l’œuvre derrière les concerts de NTM, de la Mano Negra ou des Béruriers Noirs), le DVD ajoute une pincée de risque et d’innovation. Dans les coulisses de la tournée marathon et de la préparation de ce live un peu spécial, les bonus offrent quelques curiosités et de bons moments. Il y a même une sélection angle par angle pour comprendre (enfin) de près ce que leurs 40 doigts fabriquent sur ces platines. Un bon moyen d’être incollable sur Birdy Nam Nam pour leur prochain concert ! Allez, comme on est vraiment sympa, on vous fait gagner des coffrets DVD+CD sur la page concours, à condition de trouver d'où provient le nom du groupe. Birdy Nam Nam sera en concert le 29/11 à Paris Bercy "Les nuits parisiennes 2" avec Louise Attaque, le 8/12 à Strasbourg, le 16/12 à Paris Cabaret Sauvage, le 22/12 à Nantes
On aperçoit les balances depuis le boulevard Raspail. Grizzly Bear investit ce soir un lieu prestigieux : la Fondation Cartier pour un concert unique. Il faut dire que le groupe, parfois décrit comme la rencontre d'Animal Collective et de Sufjan Stevens, viennent de sortir chez Warp (!) un album remarqué. Intiulé Yellow House, il s’aventure dans les contrées folks acoustiques un peu barrées.
La bouche-a-oreille a super bien fonctionné. La petite salle de la Fondation Cartier qui accueille le jour les expositions bizarres Garry Hill affiche complet. Sur scène, les Grizzly Bear sont accueillis comme à la maison (jaune) par un public d’initiés. Chaque membre apporte sa contribution à un ensemble complexe et intriguant, ou les chansons sont divisées en mouvements. On est loin de la pop habituelle. Les titres s’étirent souvent sur des dizaines de minutes, et le groupe aime à faire des digressions, à prendre des chemins sinueux. Il arrive qu’on se perde en chemin, mais cette rêverie toute psychédélique mérite qu’on aille au bout de l’aventure. Certains titres comme « knife », « on a neck, on a split » ou « lullabye » deviennent tout à coup évidents, fabriqués pourtant à base de guitares, harpe ou clarinette, avec une attention toute particulière apportée aux voix. Ils sont visiblement eux aussi ravis d'être là. On ne saurait comment vous recommander d’avantage d’aller découvrir la pop fiévreuse de Grizzly Bear sur scène, si seulement la tournée n’avait pas du être annulée. Et oui, quelques jours plus tard malheureusement leur van a été cambriolé à Bruxelles : plus d’instruments, plus de papiers.
Débarqué vers 20h devant les studios Canal+ de la Plaine St Denis, l’attente est interminable avant le début de l’enregistrement de la Musicale. Sans savoir vraiment à quoi m’attendre (et oui c’est ma première télé) il faut faire le pied de grue pendant longtemps. On retrouvera ce soir Gnarls Barkley , Kasabian, Fishbone, Ayo et… Jamelia. Cinq scènes et le public au centre, enregistrement dans les conditions du direct.
Premiers constats : oui, ça a l’air plus grand à la télé, et Emma de Caunes est encore plus belle en vrai. Deuxièmement : public motivé, applaudissements, on fait attention à ne pas gêner les caméras. On a été briefés. C’est incroyable à quelle point une production TV est millimétrée, et de voir toutes ces cameramen en mouvements. Sur l’écran de contrôle tout est assemblé en direct. Enfin, on est surtout là pour ça : dans l’ensemble les groupes déchirent. Kasabian joue les rockstars avec quelques bons morceaux et un glaviau en ouverture (yeah). Et puis il faut dire que malgré les clichés, le titre « Shoot the runner » défonce. Fishbone doit s’y prendre à deux fois, la faute à un souci technique, et on découvre un vrai groupe live avec du talent à revendre. 20ans de scènes quasiment non- stop forcément ça forge le caractère. Dans un registre assez proche de Norah Jones et des premiers Ben Harper, Ayo apporte un brin de fraîcheur en invoquant « Down on my knees ». Quant aux fameux Gnarls Barkley, ce soir déguisés en rockabilly 50’s, c’est maintenant une évidence : si sur disque j’étais passé à coté, sur scène c’est entourés de 7 musiciens que Danger Mouse et Cee-lo jouent leurs hymnes foutraques et bâtards avec brio. Ces gars-là bousculent les frontières entres les genre. Rappelons pour mémoire que Danger Mouse est un monsieur bien occupé en ce moment, à qui l’on doit déjà beaucoup (DangerDoom, Sparklehorse, Gorillaz).
Attention, un titre de film se cache derrière cette image, sauras-tu le retrouver ? les Gnarls Barkley s’amusent beaucoup.
Depuis plus de dix ans les frères Düne, pionniers de l’anti-folk, sillonnent les routes du monde entier emportant avec eux leurs mélodies douces-amères aux accents bob dylanesques. Ce soir ils nous reviennent à la Cigale, pour la sortie de leur dernier album, Giant. La salle est à son comble. Mais si nos amis les Düne, David et Neman, sont présents sur scène, ce ne sont pas eux qui ouvrent le bal. C'est Lilound, la petite sœur de David, qui s'en charge, entonnant de sa voix charnelle des chansons efficaces et minimalistes. Bientôt rejointe par les Baby Skins, deux brunettes aux voix d'ange et aux accords simples de guitare, elles vont à elles trois plonger l'audience dans une atmosphère de pure légèreté. Nos corps se dématérialisent, et nous flottons alors dans l'air, bercé par le flot de ces douces mélodies.
 Soudain, lumières! La première partie est-elle finie? Va-t-on voir ce que donne leur dernier tube "I wish that I could see you soon" sur scène? Alors que nos babines salivent à cette idée, un illustre inconnu, troisième première partie, venu du fin fond de Brooklyn et tout de noir vêtu, hypnotise la salle, seul, l'espace de quatre chansons redoutablement saisissantes. Il ne quittera plus la scène, tout comme les Baby Skins et Lilound qui, aussitôt son set achevé, le rejoignent.
On sait, à ce moment, qu'il n'y aura plus de (bonnes) surprises. Justement, "I wish that I could see you soon", est l’un des premiers morceaux entonnés par le charismatique David-Ivar, d’une voix chuintante, la guitare greffée au corps, papillotes et barbe de dix jours affichées avec nonchalance. Puis "Not on top", lancé de tout cœur par David tandis que Neman s'exclaffe sur sa batterie artisanale mais bien réelle. Coincé derrière un poteau, au-dessous de l’aisselle d’un géant transpirant, je ne suis pas au top non plus et verserai presque une larme…c’est bien là le secret d’Herman Düne, une simplicité à pleurer…des chansons mélancoliques et tendres accompagnées d’une batterie minimale, de trois guitares et autres maracasses étranges qui provoquent un irrésistible sentiment d’empathie. Aussi quand la guitare de David s’énerve un peu sur des airs country à la Jude, on sèche ses larmes et on se faufile parmi la foule pour partager cet intense moment de communion. On se laisse gagner par l’humeur joyeuse et incisive des textes parfois psalmodiés sur du pipo ou de la trompette et le sourire renaît miraculeusement. Les infatigables Herman Düne enchaînent les morceaux et finissent de nous enivrer. La salle est aux anges! On pourrait rester là toute la nuit, bercés et heureux, comme devant un joli ciel d’été étoilé.
Merci les Düne! Votre folk n'est pas mort, et plus que tout, il donne à qui sait l'écouter, une santé de Giant! Nickel crome.
Et pour la route, on vous reprendrez bien un concert à emporter? Une chouette initiative de nos confrères de la Blogothèque:
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