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la reine des kékés a encore frappé

Brigitte

Trop bien: invitée à l'enregistrement de la Bande Passante sur RFI, nous retrouvons ce soir un public d'initié venu écouter Brigitte Fontaine à la Fleche d'or. On ne s'étendra pas sur la chanteuse Adrienne Pauly en première partie. Place à la reine des kékés!
Pour Brigitte Fontaine, la chanson est un art populaire, qui doit toucher le maximum de gens. Ce soir-là elle nous culbute en pénétrant son château intérieur. La forteresse est hantée par des muses nostalgiques et violentes. La reine de kekeland promène son public de pièce en pièce et l’abandonne dans la chambre aux tortures, « où le chrome et le nickel attendent leur pâture » … La visite est douloureuse.
Affligée d’être interrompue dans son art, elle affiche un dédain étudié à l’égard d'Alain Pilot lorsque l’interview commence (enregistrement de l'emission oblige). Refusant de s’asseoir, par principe, elle entonne un hymne aux accents libertaires et féministes en brandissant haut le poing. « Ouais ! » lance-t-elle avec une voix rauque. « Je lui cloue le bec ! », hurle-t-elle, conquérante. La reine du paradoxe poursuit sa liberté jusque dans ses réponses laconiques. Brigitte Fontaine ne répond pas aux questions posées puisqu’elle a décidé que « ça ne les intéresse pas du tout ! » ; elle joue avec l’enthousiasme d’un enfant et provoque avec une ironie adolescente. « C’est de la fusion des contraires que peut jaillir la liberté ». Elle éclaire avec ces mots le leitmotiv lancinant qui remplit ses chansons de dilemmes dissonants. Son contraire à elle, « c’est Sardou, que Dieu l’aide… », raille Brigitte, consternée par la bassesse de ses contemporains. Elle admet toutefois l’efficacité des clichés dont « la metro » nous a abreuvés…
Ah que la vie est belle : la Fontaine laisse l’inspiration monter en elle. Elle attend un souffle divin, laissant les violons grincer d’impatience. Puis la bête se met en branle, dans une danse démembrée et presque sensuelle.
Faisons mentir le titre de son album sorti en 1968 : artiste surréaliste, farouche et déjantée, désabusée mais libre, Brigitte Fontaine n’est pas folle. Sur scène, c’est une vague de fraicheur cynique. La plongée s’achève dans « la nacre et le porphyre » aux accents oniriques.

BRIGITTE FONTAINE le château intérieur (mp3)
extrait du nouvel album Libido


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